LIRE 5 juin 2016

Occupation Bastille V.

Le travail

Actuellement, au Théâtre de la Bastille à Paris, un projet atypique est en cours : «Occupation Bastille». À l’initiative de la direction du théâtre, l’invitation a été faite au metteur en scène portugais Tiago Rodrigues d’activer cette recherche participative entre comédiens, employés du théâtre et près de 70 spectateurs pour inventer un autre rapport à la création. Débarquée de Montréal pour suivre les 68 jours de cette expérience unique d’appropriation d’un lieu par des artistes et des spectateurs, la dramaturge Sara Fauteux livre au Verbe son journal de bord de Seine …

20 avril 2016
Géraldine (Chaillou, Directrice adjointe du Théâtre de la Bastille) a une idée de projet à amorcer une autre fois.
Utopie / Travail
 : qu’est-ce qu’on aimerait changer à notre travail ? Quoi améliorer ? En quoi le travail qu’on fait poursuit-il une utopie ?

Comme Géraldine, la question du travail m’intéresse beaucoup. La première journée, quelqu’un a posé cette question : Est-ce que les artistes travaillent ?

Crédit Photo : Pierre Grosbois

Tiago a fait une blague: «Nous, les artistes, on est libres tout le temps!» Bien sûr, les artistes présents sur Occupation Bastille se consacrent au projet et sont donc normalement disponibles en tout temps. Dans le groupe, d’autres blagues fusent: «Haha ! C’est ça, les artistes, ils ne travaillent pas. Ils sont toujours libres! Ils sont toujours prêts pour la fête!»

Ce sont des blagues, bien sûr. Des blagues qui répondent au mythe de l’artiste vagabond, libre, qui ne fait que s’amuser. Bien sûr, tout le monde sait que ce n’est qu’un mythe… non?

Je ne suis pas bien certaine de la question que je cherche à poser et de la meilleure manière de la poser.

Plutôt que de répondre à la question de savoir si l’artiste travaille ou non, ne faut-il pas questionner directement les prémisses qui nous amènent à formuler cette question, les idées que la société véhicule sur le travail ?

Travail / Plaisir
Obligation / Passion
Résultat concret / Abstraction
Hiérarchie / Collectivité

Occupation Bastille / Sara Fauteux - plan21 avril 2016
Géraldine et Lola [Kil, Chargée d’accueil et de billetterie du Théâtre de la Bastille], nous parlent de leur travail et de ce qu’elles aimeraient améliorer au Théâtre de la Bastille. On entend aussi parler d’un architecte-professeur de bande dessinée, d’une scénographe-professeur d’art, d’une conseillère territoriale au ministère de la Culture, d’une photographe-conservatrice-chômeuse par choix, d’une enseignante en lettres et histoire dans un lycée professionnel.

Ça rejoint ma réflexion d’hier sur le travail. Je me rends compte que plusieurs spectateurs ont en fait des idées bien plus développées que moi sur cette notion de travail et sur ce que la société nous en dit. Haha !

Jacques Bonnaffé, comédien, questionne l’association de ces deux mots: «Mon» + «Utopie». Qu’est-ce qu’une Utopie? Comment ça s’articule, cette idée d’Utopie? C’est un rêve, un idéal, ou l’Utopie est-elle nécessairement déjà une action?

Ce projet Utopie / Travail est particulièrement intéressant de plusieurs manières. En nous parlant de leur travail, les spectateurs sortent de leur anonymat. Comme pour les acteurs et les gens du théâtre, leur identité au sein du groupe n’est plus seulement celle du «spectateur». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Lorsqu’on se rassemble dans la salle du haut, il est 19h30. On a discuté en bas, fumé des cigarettes.parvis théâtre

 

carré blanc
Sara Fauteux

Sara Fauteux est diplômée du programme d’études françaises de l’Université de Montréal. Elle se passionne pour l’étude des textes de théâtre, ainsi que pour la pratique des auteurs, des metteurs en scène, des penseurs et des créateurs de la scène québécoise et internationale. À Montréal, elle travaille comme conseillère dramaturgique auprès de différents auteurs et metteurs en scène, en plus de collaborer avec le CEAD ainsi qu’avec les départements des communications de différents théâtre. Elle est critique pour le site MonTheatre depuis 2007 ainsi que pour la Revue Liberté depuis 2014. Durant toute l’année 2015, elle a été adjointe à  la programmation au Festival TransAmériques.