LIRE 24 mars 2016

Le vrai scandale

Dans la foulée de la Journée mondiale du théâtre qui se tiendra le 27 mars prochain, nous donnons la parole à l’artiste et metteure en scène Catherine Bourgeois qui pose honnêtement la question: sommes-nous réellement prêts comme spectateurs, comme praticiens, à la parité et la diversité culturelle sur nos scènes? 

Les 18 et 19 mars derniers, l’Usine C était l’hôte d’une rencontre «indisciplinaire» intitulée Théâtre. Liberté. Scandale. Un événement de cette nature, rassemblant chercheurs et praticiens, est hautement pertinent, mais il aura été pour moi le déclencheur d’une réflexion plus profonde sur la présence quasi systémique de réalités discriminantes au sein du milieu théâtral. L’exercice a rendu limpide, entre autres, le fait que les femmes artistes ne reçoivent pas le même soutien, la même attention, la même légitimité que ce qu’on accorde tout de go aux hommes, et ce n’est là qu’une des multiples facettes d’un problème beaucoup plus large.

Le scandale n’était finalement pas là où il devait être, soit dans les œuvres artistiques présentées; il se trouvait plutôt dans la programmation elle-même: une majorité de femmes panélistes venant disséquer des scandales théâtraux provoqués presque uniquement par des hommes et des têtes d’affiche exclusivement masculines. Le sexisme n’a pas de sexe, puisque l’organisation de cette rencontre était entièrement entre les mains de femmes.

Le scandale était également dans la salle, dans notre complicité à avaler ce manspreading peu subtil, dans notre silence face à ce manque flagrant de parité, dans notre hypocrisie gluante de vœux pieux face à la diversité.

Parce qu’encore une fois, la diversité était au menu. Cette diversité qu’on adore valoriser publiquement, mais qui, en bout de ligne, souffre d’un grave manque d’actions en comparaison à toutes ces bonnes intentions dont sont pavés les discours bien-pensants. Ainsi, encore une fois, on a parlé de la responsabilité des artistes quant au manque de diversité sur nos scènes. Mais on a omis de mentionner qu’un artiste qui (re)présente la diversité se frappe rapidement à différentes barrières systémiques. Celles des diffuseurs et directeurs artistiques frileux. Celles des bailleurs de fonds et de leurs cases à remplir: «Oui à la diversité, mais pas celle-là, l’autre», ou encore «Est-elle diverse depuis plus de cinq ans?». Celles des colloques non inclusifs sur la diversité. Celles des programmations internationales – parce que la diversité qui vient de loin est toujours plus exotique que la nôtre. Puis, il y a l’indifférence de certains médias et le jugement des pairs prompts à discréditer parce que «ce n’est pas du vrai théâtre, c’est du théâtre _________________ » (remplir ici l’espace avec l’étiquette de votre choix: féministe, multiculturel, handicapé, LGBT).

Légitimer son étiquette

Troupe pluri-habile. Auteur noir. Théâtre autochtone. Corps atypiques. Parole de femme. Toute production théâtrale qui n’est pas portée par un homme blanc francophone sans handicap (ce que l’on conçoit ici comme la neutralité normative) se retrouve soudainement affublé d’une étiquette. Mais n’a-t-on pas le droit de prendre parole sans que celle-ci soit réduite à en être une «de femme»? Un artiste autochtone a-t-il le droit de faire simplement du théâtre, et non pas du théâtre autochtone?

Pour ces artistes situés, voire étiquetés, un autre défi se présente, celui de créer sans tomber dans la justification. Comme si l’étiquette apposée oblige l’artiste à défendre son droit de parole à travers cette même grille discriminante, celle de la couleur de sa peau, de ses capacités intellectuelles ou physiques, de son genre, de son orientation sexuelle, de ses origines, etc. Ainsi, il se retrouve (ironiquement) à éduquer une majorité ignorante sur l’étiquette elle-même, par exemple sur les réalités autochtones, sur la discrimination raciale, sur la vie sexuelle des personnes handicapées (trois exemples réels qu’on a pu voir sur nos scènes cette saison). L’autonomie artistique est absente, l’artiste est dépouillé de sa liberté de créer sur le sujet de son choix, il doit légitimer cette prise de parole en faisant référence à son vécu personnel, celui de la non-neutralité, de la marge. La même question se pose alors: un auteur noir a-t-il le droit de parler d’autre chose que de négritude, a-t-il le droit d’être un auteur, point? Un artiste handicapé peut-il être un artiste tout court?

Les obstacles à la création, à la production et à la diffusion d’œuvres dites situées semblent être tellement généralisés qu’ils en deviennent invisibles. Cette exclusion institutionnalisée doit tout de même justifier sa fermeture à l’autre et c’est souvent «le mandat»  ou «les abonnés qui ne comprendraient pas» qui deviennent responsables de ladite discrimination. Parfois, ces réflexes discriminants étant tellement intégrés et naturels, le problème est déplacé vers l’artiste lui-même: «Ce n’est pas vraiment du théâtre – pourquoi croire que tu pourrais avoir une place ici?», «Ce ne sont pas vraiment des acteurs – comment défends-tu une telle distribution que tu prétends professionnelle?» ou «Ce n’est pas vraiment un texte – pourquoi vouloir le soumettre à un atelier dramaturgique?». Il manque évidemment beaucoup d’honnêteté et de transparence sur les raisons qui justifient l’exclusion et le rejet. Et s’il s’agissait d’aveuglement? Sommes-nous tellement convaincus d’être ouverts que nous en devenons aveugles face à notre fermeture?

Tant et aussi longtemps que la société québécoise se campera dans une position de victime colonisée, tant que le milieu théâtral se targuera d’être si avant-gardiste et ouvert d’esprit, la discrimination et l’indifférence face aux paroles situées persisteront, parce qu’il faut un minimum de courage et de lucidité pour nommer et reconnaître notre nature colonisatrice, raciste, sexiste et discriminante. C’est en effet toujours plus facile de taper sur l’autre que de se regarder en face. À preuve ce plaisir collectif à frapper sur Denise Filiatrault, la pointe d’un iceberg, alors que je soupçonne qu’une grande partie de la communauté théâtrale (francophone) a compris en même temps qu’elle la charge raciste inhérente à la pratique du blackface. Hypocrisie, quand tu nous tiens.

Halloween chez les Bourgeois.

Halloween chez les Bourgeois. À droite, Catherine en «indienne».

Se décomplexer?

Chez Joe Jack et John, rares sont les semaines où je n’ai pas à corriger, reprendre et éduquer sur la présence d’acteurs ayant une déficience intellectuelle au sein de mes distributions. Non, personne n’est atteint ni ne souffre de quoi que ce soit. Non, ces acteurs ne sont pas des non-acteurs ni des marginaux. Oui, c’est du théâtre professionnel. Non, ce n’est pas de l’art-thérapie. Ou encore à essuyer ces épithètes infantilisantes que sont les mots «touchant», «décomplexant», «attendrissant» et «vraiment impressionnant pour quelqu’un comme…». À la longue, cette condescendance mielleuse et bien-pensante est plus dure à encaisser que de se faire carrément dire par un quidam à la sortie du théâtre qu’on ne comprend rien quand cette actrice (anglophone) parle, que tel acteur (noir) fait vraiment peur, ou que cette petite (trisomique) est – oh surprise – elle aussi capable de jouer. Ces commentaires ont au moins le mérite d’être francs et cette honnêteté est rafraîchissante, croyez-moi.

Ça fait 13 ans que je fais du théâtre et je l’ai presque toujours fait en me rendant moi-même responsable des nombreux rejets et paroles discriminantes que j’ai essuyés. Et en m’excusant de déranger avec mes distributions, mes modes de productions, mon plurilinguisme, mes longs processus, mes lieux non théâtraux, mon interdisciplinarité, mon écriture collective et mes prises de parole brutes. Mais je suis tannée de m’excuser. Et j’en ai plus qu’assez de notre conservatisme, notre fermeture, notre condescendance, notre hypocrisie collective et notre sclérose. Le théâtre devrait être un art vivant.

Cet hiver, l’auteure et professeure de l’UQAM Lori Saint-Martin publiait un texte dans Le Devoir intitulé «À quand la parité culturelle ?» Je vous invite chaleureusement à lire ce texte, à ouvrir les yeux sur notre responsabilité individuelle, puis à réfléchir aux actions que chacun pourrait poser afin d’atteindre de réelles diversité et parité culturelles dans notre milieu. Parce que, oui, malgré chitons et cothurnes, le théâtre aussi est rendu en 2016.

Catherine Bourgeois. Photo © Philippe Bergeron.
© Philippe Bergeron
Catherine Bourgeois

Catherine Bourgeois a étudié en scénographie à l’Option-Théâtre de Ste-Thérèse puis à l’UQÀM, ainsi qu’en mise en scène au Central School of Speech and Drama de Londres. Elle s’adonne au théâtre depuis 2002. Elle commence par des conceptions de décor, de costumes et d’éclairages, puis se lance dans la création et la mise en scène de performances via la compagnie Joe Jack et John, qu’elle cofonde en 2003 et pour laquelle elle conçoit et dirige l’ensemble des productions. Ses créations, AVALe et Just fake it, lui ont valu toutes deux le prix de la meilleure mise en scène au Gala des Cochons d’or.  


  • GG Loh

    Merci Catherine de parler du vrai scandale. En tant qu’artiste de la « diversité », j’ai décidé d’aller me produire a l’extérieur du Quebec pour avoir plus de chance de percer.
    Merci de dire la vérité. Merci pour votre franchise.

  • Malorie Sarr

    Merci Catherine, ça fait vraiment du bien de te lire. Merci d’exprimer ce que l’on ressent. La scène est un reflet de la vraie vie. Le racisme, le sexisme, l’intolérance à toute forme de différence est emblématique de la société québécoise. Heureusement, parfois, des gens comme toi prennent la plume.

  • Emmanuelle Sirois

    Bien que nous soyons toutes deux membres du comité scientifique et organisationnel du colloque, c’est à titre personnel que nous souhaitons prendre la parole afin de rectifier certains faits énoncés dans cet article qui frôlent la diffamation. Parce que nous voulons honorer l’apport des hommes et des femmes, majoritairement féministes, ayant participé à ce colloque et ayant risqué leur parole à nos côtés, parce que nous rêvons d’une communauté critique forte où la rigueur serait à la hauteur de l’immensité des défis à venir, parce que les traces laissées sur la toile font mémoire, nous avons trouvé souhaitable de narrer l’expérience autrement…

    Disons-le d’emblée, afin d’éviter toute confusion, nous sommes ravies de constater que le colloque ait ouvert des pistes réflexives porteuses et ait donné lieu à une prise de conscience majeure pour Mme Bourgeois. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Étant militantes féministes depuis au moins une décennie et respectivement sociologue des arts et politologue de formation, nous partageons aussi les constats mentionnés en deuxième partie de l’article, – du moins, ce que nous en comprenons – à savoir que les minorités sont invisibilisées sur les scènes québécoises et que celles-ci représentent les plus privilégiés (1) et reproduisent les inégalités de sexe, de genre, de classe, de racisation et de capacistisme (2), que le capacitisme est discriminatoire (3), que le milieu théâtral institutionnel, à l’instar de l’ensemble de la société par ailleurs, manque de profondeur et de courage en ce qui concerne les enjeux touchant à la dignité de tous et de toutes, dignité que nous souhaitons entière et immédiatement effective (4) et finalement, que nous devrions remédier à la situation en soutenant financièrement les artistes qui s’en préoccupent plutôt que de multiplier les obstacles pour qu’ils et elles accèdent aux financements (5).

    L’ensemble du colloque partageait ce paradigme critique et adhérait plus ou moins aux thèses défendues par Mme Bourgeois. Or, – et c’est à n’y rien comprendre – c’est au banc des accusés qu’il est dépeint sous la plume de Mme Bourgeois. En fait, Mme Bourgeois nous accuse ad hominem de plusieurs choses, même d’être sexistes, rien de moins:  » Le sexisme n’a pas de sexe, puisque l’organisation de cette rencontre était entièrement entre les mains de femmes. »

    D’abord, le titre choisi par Mme Bourgeois se veut une métaphore métacritique du thème du colloque, thème que nous aurions couvert avec naïveté et hypocrisie…. Pourtant, le titre de Mme Bourgeois semble être un pastiche de la conférence centrale du colloque, conférence d’Olivier Neveux, Le théâtre politique face au scandale du monde social . À en croire son titre, Mme Bourgeois pense que ce dont ont parlé les intervenants et intervenantes du colloque, dont Olivier Neveux qui a insisté sur les dimensions terrifiantes du capitalisme, serait faussement scandaleux, parce que c’est elle qui a débusqué le vrai scandale, le vrai scandale, pour rappel, serait le sexisme et l’hypocrisie de ce colloque. C’est non seulement à n’y rien comprendre, parce que les bribes d’éléments analytiques soulevées par Mme Bourgeois ont été largement couvertes et débattues lors du colloque, mais c’est indécent de discréditer la validité et l’authenticité de ceux et celles qui ont pris parole, dont des personnes racisées, des personnes membres de la communauté LGBTIQA, des personnes n’ayant jamais participé à un colloque, des personnes ayant des formations extra-universitaires. De l’avis de Mme Bourgeois, leur témoignage livré avec sensibilité sur ce qui fait scandale au théâtre, ne serait pas valide ? Il est indécent de placer sa parole au-dessus de celles des autres participant.es de qui elle ignore tout des parcours.

    Parlant du colloque, elle mentionne: “Parce qu’encore une fois, la diversité était au menu. Cette diversité qu’on adore valoriser publiquement, mais qui, en bout de ligne, souffre d’un grave manque d’actions en comparaison à toutes ces bonnes intentions dont sont pavés les discours bien-pensants.” Un menu? Mme Bourgeois qualifie notre corpus théorique de menu? Mme Bourgeois utilise le terme “de diversité » alors que d’aucuns considèrent justement que ce vocable pose problème ?

    Les discours bien-pensants? Comment peut-elle juger de nos intentions ET de notre engagement réel? Par exemple, nous avons voulu offrir une tribune à une interlocutrice brillante et pertinente au sujet des privilèges des personnes blanches dans le milieu du théâtre. Comment oser disqualifier la pertinence de cette intervention en l’indexant à un discours “bien-pensant”, voire à des “voeux pieux” ? N’est-il pas surréaliste, pour ne pas dire inadmissible, qu’une personne blanche, Mme Bourgeois, reproche le discours bien-pensant à une personne racisée s’exprimant sur les enjeux de racisation ? Elle même qui, lors de ce même colloque, a pris la parole afin de soutenir qu’il n’y avait pas d’histoire du black face au Québec… décidément, il y a là un nœud qui mériterait d’être interrogé.

    Faut-il rappeler que bon nombre des personnes présentes, dont nous-mêmes, sommes résolument engagé.es à la transformation radicale de la société, engagement qui nous a “coûté” et qui nous ”coûte” encore. Il est parfois difficile d’être un vecteur de changement. Si Mme Bourgeois prend soin de rappeler dans son article les défis qu’elle rencontre au quotidien à cet égard, peut-être aurait-il été noble de nous interroger sur les nôtres, à commencer par ceux que nous avons rencontrés en voulant organiser un colloque féministe. Force est de constater que l’argumentaire frontal développé par Mme Bourgeois cherche à taire tout échange possible entre personnes étant susceptibles d’être des alliées objectifs.

    L’argument central sur lequel repose sa critique serait le ratio hommes-femmes du corpus des artistes dont nous avons discuté. Or cette unique donnée factuelle est isolée et décontextualisée par Mme Bourgeois, ce qui est très fallacieux. Sur les 11 cas de figure contemporains abordés par les panélistes, 7 concernaient l’œuvre de femmes ou mobilisaient un cadre référentiel féministe (radical, intersectionnel, lesbienne politique, matérialiste, black feminism, etc..) pour critiquer une œuvre dont le levier scandaleux se situait justement dans les enjeux de genre ou de racisation… Dans le cas de Côtelette, par exemple, on critiquait l’appropriation par un homme réalisateur du travail d’une chorégraphe femme. On a entre autres parlé de male gaze et de capital symbolique des hommes. Est-ce que Catherine Bourgeois qualifierait cette communication de sexiste? Est-ce que cette communication rentre dans le quota « homme » ? Par ailleurs, parmi les nombreux cas de femmes et/ou féministes présentées (Cantat, les fées on soif, Exhibit B… ), figurait le SCUM Manifesto. Nous ne qualifierions pas les mots de Solanas de « manspreading » (sic, ce qu’elle veut dire, c’est mansplaning, le manspreading désigne autre chose). Le SCUM Manifesto est à ce point vindicatif qu’il est bien rare de l’entendre dans un colloque universitaire, encore moins au théâtre: « Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin. »

    Le second “argument” repose sur un sophisme de la pire espèce. “Le scandale était également dans la salle, dans notre complicité à avaler” toute cette “hypocrisie”. Mais comment peut-elle présumer de la passivité et de l’hypocrisie des gens réunis ? Nous écoutions et débattions, assis et assises, comme il est si pratique de le faire dans ces moments propices à la réflexion. Encore une fois, à l’instar de Rancière (Le spectateur émancipé), il ne faudrait pas considérer que les participant.es qui écoutent sont passifs, ni qu’ils et elles ne sont pas engagées dans des projets de transformation sociale le reste de l’année.

    Nous pourrions aussi parler du processus organisationnel résolument féministe et antihiérarchique et des têtes d’affiche femmes qui avaient de bonnes raisons d’annuler leur présence. C’était un colloque qui a rassemblé des universitaires, des travailleuses culturelles, des artistes et des militantes. Créer des espaces poreux, pour nous, est un acte féministe. Nous pourrions parler de l’anti-ballade dans le village gai qui clôturait le colloque et où nous avons abordé dans une perspective radicale queer la brutalité policière, l’histoire des communautés LGBTIQA, le capitalisme rose et la gentrification. Difficile d’y voir un manque de radicalité, de cohérence, de substance.

    Il y aurait tant à dire sur les débats tactiques entre spécificité et universalisme, entre représentation et distance critique, entre art et institutions. Ce colloque n’a vraisemblament pas plu à Mme Bourgeois, et c’est tout à fait possible, rien ne plait à tout le monde. Mais qu’elle instrumentalise l’événement et salisse des voix pour marquer des points, voilà qui n’honore pas nos démarches respectives, la sienne, comme la nôtre.

    Emmanuelle Sirois
    Julie Paquette