LIRE 14 avril 2016

Dans l’atelier avec… Cédric Lord

par Rébecca Déraspe. Photos Julie Gauthier.

LeVerbe_Salon_Particulier_mailchimpLeVerbe_Salon_Particulier_5118_Carre Mailchimp
LE SALON PARTICULIER
Entrer au Salon Particulier, c’est découvrir un espace où se côtoient créateurs en processus et spectacles undergrounds, avec, en paysage de fond, la démarche intime de son principal occupant, le scénographe Cédric Lord.

Le Salon Particulier © Photo Julie Gauthier

C’est se plonger dans un lieu hors du monde, à mi-chemin entre le loft design et la salle de répétition. C’est dénicher des perles du travail de Cédric, bien cachées dans son atelier, que chaque visiteur croise avant d’entrer dans la salle principale.

Le Salon Particulier © Photo Julie GauthierLeVerbe_Salon_Particulier_5112_try2

LeVerbe_Salon_Particulier_5074_300essaiLABORATOIRE

La Salon Particulier, c’est un lieu qui sert de laboratoire à plusieurs artistes de théâtre. Son côté «secret bien gardé» ne lui empêche pas d’avoir, au fil des ans, acquis une réputation dans le milieu théâtral. Tout le monde se rend un jour ou l’autre dans cet espace abordable, à l’ambiance réellement favorable à la création. Et la configuration de l’endroit permet d’organiser des représentations devant des diffuseurs à conquérir ou même devant public. Le Salon Particulier se transforme alors en salle de spectacle et, ayant moi-même vécu l’expérience comme spectatrice, je peux dire que les spectateurs se sentent privilégiés d’y entrer. Des événements de différents acabits ont été tenus dans ce chic sous-sol d’église dont un lancement de livres de la maison d’édition L’Écrou.
LeVerbe_Salon_Particulier_5061_600x400
Et quand le tumulte se calme, s’estompe, Cédric y explore, y crée, y réfléchit. Dans la clameur de sa musique sortant de sa table tournante.

LeVerbe_Salon_Particulier_5038_RLe Salon Particulier © Photo Julie Gauthier
UN ESPACE QUI EXISTE DEPUIS DIX ANS
L’atelier, sis au sous-sol d’une église de la rue De Bordeaux, existe depuis bientôt dix ans. À ses tout débuts, le local avait été loué pour quelques semaines, le temps de créer la scénographie d’un spectacle de théâtre d’été. Mais Cédric est littéralement tombé amoureux de l’espace qui devait encore sentir l’encens pontifical. Il a réuni quatre de ses collègues scénographes et, ensemble, ils ont emménagé, retapé, repensé le lieu pour le partager durant trois ans.

Suite au départ de ses colocataires, Cédric a eu l’idée de conserver l’atelier pour en faire une salle de répétition où il aurait lui-même son pied-à-terre. Depuis bientôt un an, son idée originale s’est transformée en OBNL portant le nom de Salon Particulier.

SCÉNOGRAPHE AVANT TOUT
Le Salon Particulier - Cédric Lord © Photo Julie GauthierLe Salon Particulier © Photo Julie GauthierCédric Lord porte plusieurs chapeaux: à la fois concierge et directeur artistique, il ne perd jamais de vue que sa principale vocation est celle du scénographe, du créateur dans son atelier. Et sa démarche artistique reste prioritaire. Même s’il désire que le local agrandisse en superficie, il tient à ce que le lieu reste underground pour que les artistes avec moins de moyens puissent continuer à en bénficier. Et bon nombre de jeunes compagnies l’en remercient.
Pour quelqu’un qui vit au jour le jour depuis sa sortie de l’École de théâtre de Saint-Hyacinthe en 2006, le Salon Particulier représente une sorte de stabilité, un pied-à-terre qui le responsabilise jusque dans sa propre pratique. L’obligation d’y garder l’ordre lui permet de ne pas se perdre dans ses multiples projets en branle. Il peut voir où il va. Sans se perdre dans les dédales d’un bordel chaotique.

LAISSER L’ACCIDENT ARRIVERLe Salon Particulier © Photo Julie GauthierLe Salon Particulier © Photo Julie Gauthier
Dans son atelier, tout est sur roulettes. Il aime pouvoir tout déplacer, tout transformer, refaire son espace de travail en fonction de son inspiration du moment ou du projet auquel il s’attaque. Et il a la place pour le faire. Il peut disposer plusieurs tables dans son local et, sur chacune d’entre elles, s’attarder à un travail spécifique. Cédric peint, fait des maquettes, dessine; l’important pour lui, c’est de faire de la place à l’accident créatif.
Au début d’un processus de travail, Cédric évite d’aller sur internet pour y chercher de l’inspiration. Il préfère dessiner dans le texte, en écoutant les acteurs lire les mots. Il met ses idées, ses inspirations sur papier. Il fait une recherche émotive, un bordel sur papier et quelque chose jaillit de tout ça. Parce que l’accident n’arrive pas sur l’ordinateur, il veut se laisser surprendre par son processus.

Le Salon Particulier © Photo Julie Gauthier

Et même s’il remarque que c’est souvent la première idée qui gagne, il reste convaincu que les pérégrinations qui permettent d’y retourner sont extrêmement riches. Il aime la salle de répète; les solutions s’y trouvent souvent cachées et se laissent découvrir. Et Cédric s’est donné les moyens pour explorer, pour prendre son temps, en créant le Salon Particulier.

CONCEPTEUR D’ACCESSOIRES
Comme concepteur d’accessoires, Cédric a fait de belles rencontres qui lui ont permis d’apprendre énormément. Dernièrement, il a travaillé avec François Séguin pour la production de En attendant Godot au TNM et ce fut pour lui une occasion d’approfondir sa démarche. Il a aussi travaillé à quelques reprises avec des artistes qu’il respecte beaucoup comme Dominique Champagne ou Michel Crête.

Quand il conçoit un objet, Cédric cherche à faire un mariage parfait entre l’accessoire et l’acteur. Pour que les deux puissent aller au bout de leurs possibilités. Et c’est parfois au prix d’efforts et de recherches que Cédric et le comédien découvrent tout le spectre des possibles. C’est donc tout naturel pour lui d’être présent en salle de répétition pour pouvoir expérimenter concrètement le résultat de ce qui a été rêvé lorsqu’il était seul dans son atelier.

Le Salon Particulier © Photo Julie Gauthier

CONCEPTEUR DE DÉCORS
Comme concepteur de décors, Cédric travaille davantage avec des jeunes compagnies. Avec son complice Jean-Simon Traversy à la mise en scène, il a fait, l’an dernier, le décor du spectacle Les flâneurs célestes (et il collabore à nouveau avec le metteur en scène pour Le Terroir présenté à l’automne à la salle Fred-Barry, NDLR). Quand il pense un décor, il fait confiance au public et il lui donne beaucoup de liberté et d’espace.

Cédric est un scénographe audacieux qui aime découvrir le travail d’artistes novateurs. Il reconnaît d’ailleurs que plus il gagne en confiance en lui, plus ses décors ressemblent à ce qu’il cherche.

Sur les murs de son atelier, quelques-unes de ses toiles sont accrochées. Elles parlent. Elles nous observent. Elles nous invitent chez elles, en quelque sorte. Et c’est une magnifique invitation dans un milieu où les moyens sont parfois difficiles à trouver.

carré blanc
Rébecca Déraspe

Diplômée du programme d’écriture dramatique de l’École nationale de théâtre en 2010, elle est l’auteure des textes Le radeau – dont Cédric Lord réalisera la scénographie, NDLR- (Théâtre de la Petite Marée, été 2011), Les chroniques de Chantale Beaulieu (Zoofest, édition 2011), Deux ans de votre vie (salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, une production Les Biches Pensives, prix BMO auteur dramatique), Plus (+) que toi (Dramaturgies en dialogue, édition 2012), Votre crucifixion (Contes urbains 2013, une production d’Ubi et Orbi, La Licorne), Peau d’ours (Petit Théâtre du Nord, été 2013), Le merveilleux voyage de Réal de Montréal (Théâtre de la Petite Marée, été 2014; coproduit avec le Théâtre Bouches Décousues). Elle travaille aussi comme scénariste.

carré blanc
Julie Gauthier - photographe

Passionnée de performance, tant culturelle que sportive, on a pu voir ses œuvres sur des pochettes d’album, des affiches de théâtre ou encore dans des campagnes publicitaires de CCM Hockey. Elle publie son premier livre photographique Ti-Rock, récit en 16 pièces, en 2012, projet co-écrit en collaboration avec 15 artistes de la scène musicale. Sa dernière exposition en date, L’espace qui reste, mettait en images des poèmes de Patrice Desbiens.